French poem
23 (Entre les lits de nos blessés…)
by Jacques Normand (1848–1931)
Entre les lits de nos blessés Trottant à petits pas pressés, Accorte et vive, Madame André s’en vient, s’en va… Et dès qu’il lui faut être là, Vite, elle arrive. C’est notre infirmière major… Une infirmière ? mieux encor : C’est une mère, Une sœur, une amie aussi Pour tous les chers blessés qu’ici Conduit la guerre. Son âge ?… Je n’en sais trop rien… Ses yeux ?… bleu clair ; son nez ?… moyen ; Sa taille ?… ronde ; Ses cheveux ?… sous son blanc bonnet Nul ne peut assurer qu’elle est Ou brune, ou blonde. Signes particuliers : bonté, Bonne grâce, simplicité, Dévouement tendre ; Tout ce que d’un cœur généreux À l’adresse des malheureux On peut attendre. Chaque jour, du matin au soir, À l’hôpital, il faut la voir Sans nulle plainte, Sans s’y dérober un moment, Accomplir — si gaillardement ! — Sa tâche sainte. « Madame André !… Madame André ! » Chacun de nous est assuré Qu’on ne prononce Jamais ce nom-là sans qu’on ait Avec un bon vouloir tout prêt Une réponse. À gauche, à droite, en bas, en haut, Toujours à la place qu’il faut, Ne chômant guère, Vous regardant de son œil clair, Elle fait tout, — en ayant l’air De ne rien faire. Que de blessés elle a guéris ! Que de pauvres êtres aigris Par la souffrance Elle sauva du désespoir, En parlant de Dieu, du devoir, De l’espérance ! Elle ignore les longs discours ; Mais elle sait trouver toujours La phrase juste, Le mot qu’on saura retenir Et qui donne dans l’avenir La foi robuste. Noble femme aux sentiments droits, Au cœur vaillant, quand je la vois, Souvent je pense À toutes les « Madame André » Remplissant leur rôle sacré Dans notre France ; À ces doux anges d’ici-bas Qui, soignant de nos chers soldats La chair meurtrie, N’ont d’autre but que de guérir Tous ceux qui faillirent mourir Pour la Patrie. Ô sœurs françaises, nobles sœurs Qui calmez en vos bras berceurs Tant de misères, En ces temps sombres et troublés, Déjà chères, vous nous semblez Cent fois plus chères. Vous joignez à votre bonté Le dévouement, la charité, Aigrettes pures, Qui remplaceront désormais Les invraisemblables plumets De vos coiffures… En vous déjà l'on aimait tout, La douceur, la grâce, le goût Et le sourire… Maintenant qu’on vous connaît mieux C’est votre âme, autant que vos yeux, Que l’on admire !
More by Jacques Normand
- 22 (Donc, c’est bien décidé : nous…)
- 22 (Sous bois, par les sentiers charmants…)
- 22 (Toute claire, adossée aux collines, parmi…)
- 23 (Dans une rue étroite et tranquille…)
- 23 (Il pleut, et sur la plage…)
- 23 (Sortez-moi mon chapeau de soie…)
- 24 (Dans les bois, le rossignol brode…)
- 24 (Depuis hier au soir le mistral…)