French poem
25 (Pendant ce temps heureux et trop…)
by Jacques Normand (1848–1931)
Pendant ce temps heureux et trop vite écoulé Où la grande nature a seule contemplé Notre amoureux mystère, Tout à coup de mon cœur le doute a disparu : Pour la première fois, ô mignonne, j’ai cru Au bonheur sur la terre. Non ! ce n’est point un mot vide de sens et mort ! Un ciel inaccessible offert à notre effort Et que vide on proclame ! Non ! le bonheur existe, on s’en peut approcher ! Il existe ! j’ai pu le sentir, le toucher, Du corps comme de l’âme ! Il existe ! éclatant, absolu, mais humain ! Comme le voyageur altéré qui soudain Découvre une fontaine, Découvrant le bonheur avec toi partagé, J’ai rendu grâce au ciel, et je m’y suis plongé Jusques à perdre haleine. Mais maintenant, hélas ! qu’au sortir de tes bras Je rentre dans la vie, et reprends d’ici-bas La bataille éternelle, Devant l’avenir noir je me sens hésiter : Mon courage fléchit au moment de lutter, Ma volonté chancelle. Pourquoi combattre encor ? Pourquoi vaincre ? Pourquoi Vivre, quand j’ai mené la vie auprès de toi Et si douce, et si pleine ? Quand j’ai bu d’un seul trait — enivrant souvenir ! — Tout ce que peut promettre à la fois et tenir La passion humaine ? Où trouverai-je autant ? Quand trouverai-je mieux ? D’autres yeux auront-ils plus d’éclat que tes yeux ? Et pourrai-je connaître Un cœur plus dévoué, plus aimant que le tien ? Va ! je ne serai plus heureux, je le sens bien, Comme je viens de l’être ! Lorsque nous rencontrons, en poursuivant le cours Du mystérieux livre où sont inscrits nos jours, Un semblable passage, Oh ! que ne pouvons-nous cesser de parcourir Le livre, ou bien s’il faut aller plus loin, mourir En retournant la page !