Versos French Jean Aicard L’Aspiration

French poem

L’Aspiration

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L’aspiration est pareille À l’oiseau, vautour ou condor, Qui plane dans l’aube vermeille, Dans les nuits & les couchants d’or.

On aime ensemble & l’on redoute Cet oiseau fauve au bec de fer Qui sait se creuser une route Dans la nuée & dans l’éclair.

Celui qui l’ignore le nomme Roc ou Phénix, & n’y croit pas ; Satisfait, il condamne l’homme Aux seuls horizons d’ici-bas.

D’autres le connaissent, dont l’âme Vainement veut le suivre aux cieux ; Son bec, comme une atroce lame, Perce leur cœur, crève leurs yeux.

Il les déchire, il les lacère, Et, cruel & cependant beau, Les tenant couchés sous sa serre, S’en repaît lambeau par lambeau.

Ils sont vaincus. Il les écrase Entre ses griffes & le sol ; Ils n’ont pas la suprême extase De lui voir déployer son vol.

D’autres, rares, ont cette joie De voir pour son royal essor Sa grande aile qui se déploie Sans qu’il les ait blessés encor !

Victoire ! L’oiseau les enlève Selon leurs grés, &, sans effort, Il les emporte dans le rêve, Dans l’espérance, vers la mort.

Leur sang sous ses ongles ruisselle ; Mais qu’importe ? puisqu’à leurs yeux Éblouis, à chaque coup d’aile, Apparaissent de nouveaux cieux !

Ils montent, & sous eux s’écroule, Ô nuages, votre babel ! Ils montent. Sous eux se déroule La toile biblique du ciel.

Ils dépassent tout. C’est un songe Comme n’en ont pas les sommeils ; Le groupe vertigineux plonge Plus haut que les plus hauts soleils !

Mais dans ces régions profondes, Prêt d’atteindre aux sources du jour, Ô terreur !… à travers les mondes L’homme est lâché par le vautour !