French poem
Le Bédouin
by Jean Aicard
Loué soit Dieu, le seul bienfaiteur tout-puissant, Dieu l’unique, toujours présent, partout présent! Regarde le bédouin: sa hutte est en broussaille, En faisceaux reliés par des liens de paille, Et quand il sera mort,--comme les rois!--pour lui Comme pour eux, l’aurore et la lune auront lui.
Son chien qui le caresse et son bon petit âne, Couchés à ses côtés, dorment dans sa cabane. Son rude vêtement, flexible sur ses reins, Est la chimbah qu’il tisse et coud avec des crins. Du poil dur des chameaux il sait faire une tente; S’il se blesse, il se fait un baume avec leur fiente; Il a le musc de la gazelle, et tire encor Un doux parfum des pins à la résine d’or. Sa femme met pour lui des fleurs à ses oreilles; Le fruit des sauvageons et le miel des abeilles Sont ses fruits et son miel, et tout l’espace est sien; En chasse, il fait chasser la gerboise à son chien; Et dans la lande, où l’on n’entend, dès la nuit sombre, Que le cri des chacals qui viennent en grand nombre Pour un os à ronger, se disputer entre eux, Fier d’être pauvre et seul, ce bédouin vit heureux.