Versos French Jean Aicard Naissance De La Pitié

French poem

Naissance De La Pitié

by

Listen in the reader

Ces nombres d’or: «Aimez-vous bien les uns les autres,» Dans l’Acte et dans le Mot ne régnaient pas encor; Il fallait qu’un sublime étranger les fît nôtres Et que, du lingot brut, il fît sa pièce d’or.

Pour que la Charité s’envolât d’âme en âme, Il fallait lui donner l’aile des beaux discours, Et que, vie et parole, elle devînt un drame Dont le héros charmant suscitât des amours.

Il fallait, pour toucher les âmes paysannes, Que, blond comme la gerbe, il eût des yeux d’azur; Que sa simplicité cheminât sur des ânes Et qu’il sût distinguer la nielle du blé mûr;

Que celle en qui dormait l’espoir de l’Évangile, Ne sût où déposer son fruit mystérieux Et que cet abandon fît, sur l’enfant fragile, Par les fentes du toit étinceler les cieux.

Né d’une pauvre femme, il fallait que le Maître, Qu’attendaient le bœuf, l’âne et les rois à genoux, Inspirât la pitié même avant que de naître, Pour que les malheureux disent: Il vient chez nous.