Versos French Jean Aicard Paroles Du Pauvre Arabe

French poem

Paroles Du Pauvre Arabe

by

Listen in the reader

Que m’importe à moi la fortune?... La femme qui me rend joyeux Tous les soirs est douce à mes yeux Comme les rayons de la lune.

Elle m’est douce le matin Comme Zorah, la Belle Étoile: Très peu d’hommes ont vu son voile: Nul n’a vu son front enfantin.

Nous vivons libres sous la tente, Dans les genêts, au pied des monts; Nous nous aimons, et nous aimons La nuit douce et l’aube éclatante.

Je n’ai pas même de cheval, Point de chameaux et pas de chèvre. Mais ma belle est douce à ma lèvre Comme l’eau pure au fond du val!

Toutes les étoiles sont nôtres Aussi bien qu’au cheik de Biskra, Et j’attends l’heure où Dieu voudra, En gardant les troupeaux des autres.

Mais, les troupeaux du firmament, Les étoiles, à qui sont-elles? Et pour qui sont-elles plus belles Que pour moi--qui vis pauvrement?

Mon sang est rouge dans mes veines, Et--crois bien ce que je te dis:-- Je préfère mon paradis A toutes vos fortunes vaines.

Allah (loué soit le seul grand!) Mettra sur nos tombes voisines Les mêmes chardons pleins d’épines, Si tu suis l’ordre du Koran,

Et l’on verra, sur nos deux tombes, Deux trous, dans la pierre creusés, Où boiront les oiseaux posés, Les passereaux et les colombes,

Car notre destin est pareil, Et Mahomet veut que la pierre Des morts--qu’a lassés la lumière-- Serve aux oiseaux, las du soleil.