Versos French Jean Aicard Où Sont Les Autres?

French poem

Où Sont Les Autres?

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Quand il vit Jean, seul des Apôtres, Au pied de l’arbre des douleurs, Il se dit: «Où sont tous les autres? Pourtant mes maux sont faits des leurs!

«Ils me suivaient près des eaux calmes, Dans les blés mûrs, dans la clarté, Dans les honneurs, le jour des palmes... L’ombre vient: ils m’ont tous quitté!»

Oh! lâches, lâches, trois fois lâches, Ceux qui, payés d’un tel amour, Ont fui devant les fortes tâches, Peureux dès qu’il n’a plus fait jour.

Ils ont fait mentir l’espérance! Ils avaient promis leur effort, Mais ils feignent l’indifférence Pour l’ami menacé de mort.

Ils répéteront sa parole Quand il n’entendra plus leurs voix Excepté Jean, qui le console? Ils ont tous peur de cette croix!

Ils n’auront pas vu l’agonie! Ils diront: «Pardonnez, Dieu bon!» Lorsque la tendresse infinie Aura souffert tout l’abandon!

Leur troupe hier s’est dispersée; Ces pêcheurs ont repris hier La barque qu’ils avaient laissée Sur le sable au bord de la mer.

Renonçant à pêcher des âmes, Ils jettent leurs filets, bien loin... Qui donc aura pitié? les femmes; Et, seul d’entre eux, Jean est témoin.

Marie est là, pauvre âme en peine, Mais c’est sa mère. Il est l’enfant! Qu’est-ce après tout que Magdeleine? L’autre amour, partout triomphant.

L’amitié désintéressée, L’amour issu du Verbe pur, C’est Jean, le fils de sa pensée, Le cœur tendre et fort, l’ami sûr.

«C’est Jean qui connaît ma doctrine, C’est lui dont j’ai touché le front, Lui qui posa sur ma poitrine Sa tête où mes doigts se verront.

«Jean, seul, vient quand je désespère, Quand, du fond des gouffres d’en bas, Je jette un grand cri vers mon Père, Qui, lui non plus, ne répond pas!»