Versos French Jean Aicard Prélude

French poem

Prélude

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Des vieilles villes de Provence, Laquelle a le prix de beauté? Et d’abord Avignon s’avance Avec le vieux pont si chanté.

Le palais des papes surmonte Son front couronné de créneaux; En grondant, le Rhône qui monte La lèche de ses grosses eaux.

Du levant, Saint-Tropez la Calme, Auprès d’elle vient se ranger Élevant dans ses mains la palme L’algue marine et l’oranger.

Du fond des collines vient Digne Qui, par son pierrailleux sentier, Nous porte, enguirlandés de vigne, Le chêne vert et l’amandier.

C’est elle qui fit de lumière L’esprit net de ce Gassendi Qui toucha l’esprit de Molière Lumineux comme le Midi.

Puis, ceinte de lierre et d’épines, Jonchant de pierres son chemin, Marche Fréjus tout en ruines, Tout en pleurs, la croix dans sa main.

Et, sur le Rhône, Arles se lève, Portant ses Arènes au front, Vieux arceaux où le passé rêve, Où tant d’hirondelles naîtront.

Ses pas foulent les pierres creuses De ses Aliscamps où le soir Les garçons et les amoureuses Devant la Mort parlent d’espoir!

Dans sa main la Vénus se dresse, Qui,--marbre beau comme la chair!-- Lui ressemble et naquit en Grèce, Cheveux ondés comme la mer!

Puis vient la ville du silence, Aix,--Versailles du Roi René,-- Tenant les Lois et la Balance... Mirabeau fut son dernier-né.

Puis Toulon paraît, toute ceinte De rochers gris et d’arsenaux, Poussant des cris de femme enceinte, Toujours en travail de vaisseaux...

Et, joûtant pour le prix entre elles, Toutes se font un regard fier... Mais, ô Provence, tes plus belles Sont celles que baise la mer!

Et parmi toutes, c’est Marseille, Fille des Grecs et des Gaulois, La cité si jeune et si vieille, Reine dédaigneuse des rois.

Mille bateaux, fumée et voiles, Tiennent dans le creux de sa main; Son front de phares et d’étoiles Fait sur la mer luire un chemin.

Et toutes,--quand elle s’avance Jetant ses flottes sur les eaux,-- Soufflent l’âme de la Provence Dans les ailes de ses vaisseaux!