Versos French Jean Aicard Prélude

French poem

Prélude

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Couverts de leurs maux, chargés de leur crime, Baignés dans leurs pleurs, Ils crîront vers Dieu du fond de l’abîme, Du fond des douleurs.

Pâles, frissonnant des pieds à la tête, Et le cœur amer, Leur mal les tordra,--comme la tempête Tord la vaste mer.

Les vierges diront: «L’amour fait le monde, Et tu le défends!» Les mères diront, d’une voix profonde: «Qu’ont fait les enfants?»

L’un dira: «Seigneur, le mal qui m’accable, Dont j’ai trop souffert, --Quand tu m’en chargeas, étais-je coupable?... Tu m’en as couvert!»

Un autre dira: «Que mon cri te touche! Rien ne t’est caché: Tu sais si l’on peut détourner sa bouche Des fruits du péché!»

L’autre a blasphémé: «Ta loi nous ordonne De souffrir sans fiel; Le bien pour le mal; il faut qu’on pardonne Pour complaire au ciel!...

«... Si quand j’ai mal fait, tu rends en souffrance Le mal à mon corps, Quelle est entre nous,--dis,--la différence, O Maître des forts!

«D’ailleurs, le pêché lui-même nous semble Un vrai châtiment!» Et tous ont crié, pleurant tous ensemble: «Réponds, Dieu clément!»

... Tous ont attendu dans les tabernacles Que Dieu répondît, Par sa grande voix, la voix des miracles, A l’homme maudit...

Mais tous vainement, l’oreille à la porte, Ils ont écouté... «Justice du ciel, serais-tu donc morte Dans l’éternité?»