French poem
Prélude
by Jean Aicard
A côté de tous nos ruisseaux, Le Rhône a l’air d’un père; Pour la force et l’élan des eaux, La Durance est la mère.
Tous ils portent, verts sur le bord, Près du myrte--l’yeuse, Le peuplier, le bois du Nord, Qu’appelle l’eau joyeuse.
Pendant l’hiver ils sont torrents; Au printemps, fournis d’herbe; En automne, encor murmurants; L’été--secs comme gerbe!
Pourtant, lorsque sous un ciel d’or La plaine est jaune et dure, Même taris, ils sont encor Des torrents de verdure.
Peut-être l’un d’eux, s’étalant Tout en pierre éclatante, Montre son lit nu--mais si blanc Que l’âme en est contente!
Et torrents, ruisseaux, ruisselets, Ils ont tous un nom tendre... Les jolis noms! écoutez-les: L’Argens, la Douce et l’Endre.
L’Argens reluit comme le ciel; L’Endre est douce aux oreilles; Nous avons le Ruisseau de Miel, Et le Riaù des Abeilles.
Mais on donne à beaucoup d’entr’eux Un nom cher au jeune homme: La Rivière des Amoureux, Voilà comme on les nomme!
C’est que, le printemps et l’été, Quand l’oiseau s’amourache, Leur lit plein d’ombre est fréquenté Par l’amour qui se cache.
CHANT Ier