Versos French Jean de La Ville de Mirmont Chansons sentimentales

French poem

Chansons sentimentales

by (1886–1914)

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Votre rire est éclatant Comme un bel oiseau des Iles. Mais à rire on perd son temps, Ô ma sœur, ma sœur fragile !

Vous savez des jeux plus fous Que celui de « pigeon-vole ». C’est un mauvais point pour vous, Ô ma sœur, ma sœur frivole !

Vous manquez de sérieux Et de vertus ménagères. Vous n’irez jamais aux cieux, Ô ma sœur, ma sœur légère !

Pourquoi ces mains, dont vous ne faites Qu’un usage absolument vain ? Mais quelle fête, Quand je saisis leurs doigts divins !

Pourquoi ces yeux où ne réside Rien du tout, pas même l’ennui ? Mais quel suicide Que de les perdre dans la nuit !

Pourquoi ces lèvres d’où j’écoute Tomber des mots sans intérêt ? Mais quelle absoute Leur seul baiser me donnerait !

Le rire clair, l’âme sans reproche, Un regard pur comme du cristal, Elle viendra, puisque c’est fatal ! Moi, je l’attends les mains dans les poches.

À tout hasard, je me suis pourvu D’un stock d’amour et de prévenances, N’oubliant point qu’en cette existence Il faut compter avec l’imprévu.

Tu n’auras donc, petite vestale, Qu’à t’installer un jour dans mon cœur. Il est, je crois, plus riche en couleur Que ton album de cartes postales.

Depuis tant de jours il a plu ! Pourtant, voilà que recommence Un printemps comme on n’en voit plus, Chère, sinon dans tes romances.

Adieu rhumes et fluxions ! Adieu l’hiver, saison brutale ! C’est, ou jamais, l’occasion D’avoir l’âme sentimentale.

Que ne puis-je, traînant les pieds, Et mâchonnant ma cigarette, Cueillir pour toi, sur les sentiers, De gros bouquets de pâquerettes !

Amie aux gestes éphémères, Cher petit être insoucieux, Je ne veux plus d’autre chimère Que l’azur calme de tes yeux.

Pas besoin d’y chercher une âme ! De tels objets sont superflus. Le seul bonheur que je réclame, C’est de m’y reposer, sans plus.

Que m’importe l’horreur du vide ? Je vais plonger, à tout hasard, Ainsi qu’un nageur intrépide, Dans le néant de ton regard.

Comme il est loin le temps des Mille et une Nuits ! — Prends garde, mon enfant, tes marrons sont trop cuits.

J’aurais eu, n’est-ce pas, de grands airs en Sultane ? — Avant de te coucher, n’oublie pas ma tisane.

Et puis Venise, avec le cri des gondoliers ! — À propos, n’a-t-on pas rapporté mes souliers ?

Un poète m’a dit qu’il était une étoile… — Ferme la porte et mets du charbon dans le poêle. Cette enfant, où s’en va-t-elle, Souriant presque et pourtant Triste comme une hirondelle Qui n’a pas fait le printemps ?

D’où vient que le vent lui laisse, En glissant dans ses cheveux, Le désir d’une caresse Ou le regret d’un aveu ?

Ô misère de misère ! Elle a lu trop de romans. La faute en est à sa mère ; Mais aussi, quel châtiment !

Chère, les jours sont révolus De nos tendresses illusoires. Adieu ! Surtout n’y songe plus ; Je n’en parle que pour mémoire.

Oui, de ton cœur j’ai fait le tour ; Ce fut un jeu sans importance. Tu peux reprendre ton amour, Je garde mon indifférence.