French poem
Nox
by Jean Lahor (1840–1909)
Nuit, mère du Sommeil et du Rêve, Déesse Secourable et sereine, et chère à ceux qu’oppresse Ici-bas la douleur de vivre, oh! pourquoi fuir Chaque matin nos cœurs, qui se sentent mourir Délicieusement dans tes doux bras de femme! O Nuit ! pourquoi t’enfuir, pourquoi délaisser l’âme, Heureuse d’être enfin plongée au gouffre noir, De ne plus rien entendre et de ne plus rien voir? — Il faut vivre quand même, et que le jour se lève Chaque matin, chassant la Nuit, chassant le Rêve; Ici-bas il faut vivre et distraire les Dieux : Ainsi les empereurs qui, s’ennuyant chez eux, Avaient besoin du cirque, où s’égorgeaient des hommes. — Nuit, prends de nous pitié, voyant ce que nous sommes!