Versos French Jean Lahor Senectus

French poem

Senectus

by (1840–1909)

Listen in the reader

Sombre fatalité, vieillesse, effroi des yeux, Vieillesse, cruauté suprême, dont les Dieux Se plaisent à railler le néant que nous sommes, Toi par qui les plus beaux et les meilleurs des hommes Sont déchus, dégradés, sont tout chargés de maux, Et courbés vers le sol comme les animaux, Pourquoi subissons-nous l’horreur de ton outrage ? — Dieux du sublime éther, la femme est votre ouvrage Le plus cher cependant et le plus précieux, Puisqu’en ses regards clairs rit l’azur de vos cieux, Et que sa bouche en fleur est un si pur calice ; Or, par quelle ironie et par quelle malice, Avant de la tuer, désirant la flétrir, Infliger à sa chair la honte de vieillir ? Ne souffrez-vous donc pas, lorsque par les années Ces roses et ces lys, toutes ces chairs fanées, Mêlent leur laideur triste à vos rêves joyeux, Et salissent l’azur tranquille de vos yeux ?