French poem
Toujours
by Jean Lahor (1840–1909)
Tout est mensonge : aime pourtant, Aime, rêve et désire encore ; Présente ton cœur palpitant À ces blessures qu’il adore.
Tout est vanité : crois toujours, Aime sans fin, désire et rêve ; Ne reste jamais sans amours, Souviens-toi que la vie est brève.
De vertu, d’art, enivre-toi, Porte haut ton cœur et ta tête ; Aime la pourpre comme un roi, Et, n’étant pas Dieu, sois poète !
Aimer, rêver, seul est réel : Notre vie est l’éclair qui passe, Flamboie un instant sur le ciel, Et va se perdre dans l’espace :
Seule la passion qui luit Illumine au moins de sa flamme Nos yeux mortels avant la nuit Éternelle, où disparaît l’âme.
Consume-toi donc : tout flambeau Jette, en brûlant, de la lumière ; Brûle ton cœur, songe au tombeau, Où tu redeviendras poussière.
Près de nous est le trou béant : Avant de replonger au gouffre, Fais donc flamboyer ton néant ; Aime, rêve, désire et souffre !