French poem
Les Bonnes Souvenances
by Jean Moréas
Irisant le ciel gris de nos mornes pensées, Ravivant les soleils éteints des renouveaux, Elles passent toujours au fond de nos cerveaux, Un bon souris sur des lèvres jamais plissées.
Leur prunelle est l’aurore, et leur natte tressée Est fulgurante ainsi que l’éclat des flambeaux. Leur prunelle est la nuit, et, sur le cou massée, Leur chevelure est bleue ainsi que les corbeaux.
Aux accords pénétrants d’anciennes ritournelles, Elles bercent nos cœurs pleins d’ennui; ce sont elles Qui pansent doucement nos blessures mortelles,
Elles qui, sur nos cils, viendront sécher nos pleurs. --Et le temps, émondeur de beautés et de fleurs, Met sur leur front vieilli de plus fraîches couleurs.
Parmi les marronniers, parmi les Lilas blancs, les lilas violets, La villa, de houblon s’enguirlande, De houblon et de lierre rampant. La glycine, des vases bleus pend; Des glaïeuls, des tilleuls de Hollande.
Chère main aux longs doigts délicats, Nous versant l’or du sang des muscats, Dans la bonne fraîcheur des tonnelles, Dans la bonne senteur des moissons, Dans le soir, où languissent les sons Des violons et des ritournelles.
Aux plaintifs tintements des bassins, Sur les nattes et sur les coussins: Les paresses en les flots des tresses. Dans la bonne senteur des lilas Les soucis adoucis, les cœurs las Dans la lente langueur des caresses.