Versos French Jehan-Rictus La Frousse

French poem

La Frousse

by (1867–1933)

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— « Hé ! tu dors pus ?… Caus’ moi, Mémaine… Toi aussi t’as h’entendu l’ coup ? C’est h’encor Pepa qui rentr’ saoul : y n’a dû claquer sa quinzaine !

Serr’-moi fort,… boug’ pas,… écoutons. (Ah! ton p’tit cœur fait du tapage ! Y saut’ comme Fifi dans sa cage quand y voit l’ petit chat Miton.)

Aie pas peur,… j’ suis là,… j’ suis ta « Grande », tu sais ben cell’ qu’ est quasiment comm’ qui dirait ta p’tit’ moman ? Ben voyons, la cell’ qui t’ commande,

qui t’ brabouill’, qui t’habill’, qui t’ peigne, qui t’ mouch’, qui t’ serch’ tes petits poux, cell’ qui ramass’ pour toi les beignes, cell’ qui t’aime à plein-cœur-d’amour !

Bon sang ! Quoi c’est qu’y s’ passe en bas ? M’man est encore à sa couture…. P’pa l’appell’ : — « Putain, pourriture ! » Vrai ! Pourvu qu’à n’y répond’ pas !

Quand qu’y n’est bu y d’vient méchant : M’man dit toujours qu’all’ le plaqu’ra, mais avant, y l’estourbira, pis nous… y nous en f’ra autant.

Hier,… t’as vu ? Pour sercher querelle et tâcher d’y mette eun’ pâtée, y n’a craché dans nos écuelles, mais Moman a pas rouspété !

T’entends ? Y va, y vient, y rogne….. Pan ! Ça c’est nos joujoux qu’y cogne…. (Pourvu qu’avec ses gros souïers y n’aill’ pas les écrabouiller !)

Pleur’ pas, Mémain’, c’est pour de rire ; laiss’ fair’, j’ fouill’rai dans son fann’zar ; ça et c’ qu’y m’ rest’ dans ma tir’-lire, j’ t’en ach’t’rai des aut’s au bazar.

Mais surtout qu’y grimp’ pas nous voir, j’ai la frouss’ quand l’est dans la chambe, y pos’ son gros cul su’ nos jambes et y rest’ comm’ ça dans le noir….

Y ricane, y caus’, ses dents grincent pis y nous chopp’, nous tât’, nous pince et nous farfouille où faurait pas….. Mais on peut rien dir’ : c’est Pepa !

On s’ gare, on s’ noue, on s’ met en boule ; crier !… on prendrait l’ mauvais paing, c’est du coup qu’y perdrait la boule et nous f’rait passer l’ goût du pain !

Tout ça vient de c’ que près d’ l’usine où tout’ la journaille y turbine, d’un Sam’di à l’autre Sam’di, y a plein d’ bistrots qui font crédit !

Pis M’mam aussi a pas d’ toupet, pass’que moi, quand j’ s’rai pour m’ marier, sûr, j’ prendrai pas un ovréier ou c’est moi que j’ touch’rai sa paie !

. . . . . . . . . . . . . .

Mémaine ! Ej’ crois que l’ v’là, bon Dieu ! voui voui,… enfonçons-nous au pieu ; tais-toi,… f’sons min’ de roupiller, n’os’ra p’t-êt’ pas nous réveiller…..

Patatras, boum ! Minc’ de potin ! Y bûche !… Y doit n’ête en cabosse..... Oh ! à preusent, y a pus d’émosse, y planqu’ra là jusqu’au matin !

Preusent… on peut rabattre el’ drap on peut s’allonger à sa guise. Bonn’ nuit, ma gross’, fais-moi eun’ bise,

serr’-moi ben fort dans tes p’tits bras.