French poem
Platonisme Brutal
by John-Antoine Nau (1860–1918)
Je ne veux pas t’avoir toute, ma belle Chère, Il me faut du mystère en toi, de l’interdit, Quelque chose d’hiératique et de maudit Et de charmant, que mon rêve laisse en jachère.
Et je t’aimerai plus au seuil du paradis Fatal, qu’en les chemins connus du purgatoire, Si faciles et si grisants ; car méritoire Est mon renoncement, belle aux seins arrondis, Belle aux chairs de lis blond, d’ambre et de poivre rouge, Belle dont l’œil qui saoule est fait d’un astre brun, Dont un simple baiser… donne-m’en encore un, Neige et feu, miel et sang, mon idéale gouge !
Je ne convoite que tes bras frais pour licou Et la langueur d’amour très vicieuse et pure : Si chastement !… humer les baumes de luxure, Pendu comme un enfant aux rosiers de ton cou !