French poem
Les Chanteuses
by John-Antoine Nau (1860–1918)
Le bois excelse aériennement beau, Géant et calme sur les cimes, Bleu d’ombres diaphanes, sourit de haut À la mer grecque où ondoient les glycines.
Mais ses colonnades sereines Ont la mélancolie des temples désertés Et ses mystères verts sont oubliés Des vols lilas de tourterelles.
Rien n’y évoque plus le souvenir Des belles divinement graves Dont les voix lentes prêtaient aux brises Chantantes sur les radieux songes des rades Comme des caresses de lyres ;
Et dont les yeux, pensants miroirs De l’inconnu qui flotte aux suprêmes espaces, Faisaient plus bleue la clarté rêveuse des soirs À l’heure du ciel plus immense et de l’extase.
L’âme du bois se meurt comme sont mortes Celles qu’on voulait immortelles… Une musique soupirante y rôde Et attriste le haut sourire teint de ciel Des vieilles frondaisons délaissées qui s’endorment.
Elles sont mortes, les Mélodieuses, Les belles aux fronts de pure clarté ; Et les sources où leurs blancheurs se reflétaient Se sont taries à chanter, seules.
Elles sont mortes, — en la douceur d’un soir grec Qui leur tissa des tièdes linceuls d’azur pâle, — Longuement torturées sous le règne spectral Des blêmes bourreaux des Grands Siècles.