French poem
37 (Dans mon village somnolent…)
by Joseph Autran (1813–1877)
Dans mon village somnolent, Il est une pauvre boutique Qu’un plat à barbe de fer-blanc Désigne à l’œil de la pratique.
Un miroir fêlé sur le mur, Dans l’angle une étroite étagère. Entrez ; l’artiste, d’âge mûr, A cependant la main légère.
Monsieur le baron, l’autre soir, Renversé sur la longue chaise, En bon prince, offrait au rasoir Son triple menton d’homme obèse.
On causait. Notre hobereau, Familier suivant sa coutume : « Quelle heure est-il, mons Figaro ? » Fit-il, d’un nez blanchi d’écume.
Mons Figaro de son gilet Tire une montre vénérable, Et dit l’heure à l’homme replet Qu’attend un rendez-vous de table.
D’horlogerie humble instrument, La montre était vieille, était lourde. Monsieur de rire incongrûment : « D’où diable tient-il cette gourde ?
» — De qui je tiens, dit le barbier, De qui je tiens cette relique ? De mon père, un ancien troupier, Soldat mort sous la République ! »
L’autre, à ce mot, eut un sursaut Sous le rasoir du camarade. De là vient que le nez d’un sot Fut marqué d’une estafilade.
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