Versos French Joseph Autran 40 (La plaine est devant moi, roulant…)

French poem

40 (La plaine est devant moi, roulant…)

by (1813–1877)

Listen in the reader

La plaine est devant moi, roulant ses épis d’or. Ici, le tertre vert où la faneuse dort, Sur sa gerbe, à l’écart, mollement accoudée.

Vers le sud, un vieux bourg découpe dans les airs Ses murs démantelés, ses tours, ses toits déserts : On dirait un hameau de l’antique Judée.

Là, sur le ruisseau clair qui fuit dans les cailloux, Se penchent les ormeaux, les lentisques, les houx, Et, d’une berge à l’autre, ils croisent leurs feuillages.

Il est midi : le ciel est d’un azur profond. Nul bruit en ce doux lieu, sinon le bruit que font Autour des grands pavots les abeilles volages.

Scène heureuse ! le cœur, à loisir dilaté, En savoure le charme et la sérénité. Un seul regret se mêle à l’extase divine :

Que ne vous baissez-vous, coteaux de l’horizon, Pour que je puisse voir, du seuil de la maison, La mer, par vous cachée, et cependant voisine !

Oh ! du milieu des champs, sous un ciel calme et pur, La voir, même de loin, cette nappe d’azur Où reluit au soleil plus d’une voile blanche !

Voir à travers les bois, diaphanes réseaux, La grande mer sourire, — et, comme des oiseaux, Les barques de pêcheurs passer de branche en branche !