French poem
67 (Le jour sur les coteaux s’éteint…)
by Joseph Autran (1813–1877)
Le jour sur les coteaux s’éteint ; la plaine immense Par degrés s’obscurcit ; le vent tombe et s’endort. Du grillon près de moi la chanson recommence. Qu’entrevois-je ?… un enfant qui glane du bois mort. Te voilà, race humaine à souffrir condamnée ! D’où vient l’homme ? Où va-t-il ? Serai-je encor demain ? Quel est le dernier mot de notre destinée ? Le savez-vous, ô bois qui bordez mon chemin ?
Les formes à mes yeux s’effacent ; tout se plonge Au sein d’un demi-jour à peine transparent. Tout ce que j’aperçois n’est-il qu’un vaste songe ? Moi-même, à travers tout, suis-je un fantôme errant ? Les vérités, les lois de ce monde, où sont-elles ? Tous les secrets, un jour, seront-ils découverts ? Dites, le savez-vous, montagnes éternelles, Ô masses de granit, vieux sphinx de ces déserts ?
Au sortir de ce globe, après tant de chimères, À Dieu, dans son séjour, l’homme est-il réuni ? Retrouvons-nous là-haut les âmes de nos mères, Ou bien restons-nous seuls, plongés dans l’infini ? La douleur et le mal sont-ils rentrés dans l’ombre ? Le savez-vous, rochers, arbres silencieux, Et vous, dont le rayon tremble dans le bleu sombre, Étoiles qui sur moi fixez vos pâles yeux ?