French poem
Pendant la Mousson
by Joseph Autran (1813–1877)
Ils n’avaient tapis ni housse, Mais tous fort bon appétit. (La Fontaine)
En juillet, par le plein soleil, Cherchant un peu d’ombre, un lit d’herbes, Des moissonneurs au front vermeil S’étaient assis près de leurs, gerbes.
Sous un vieux frêne hospitalier, Oubliant le poids des faucilles, Ils mangeaient, cercle familier De joyeux gars, de brunes filles.
C’était un charme de les voir Échanger entre eux les rasades, Et rompre gaîment leur pain noir, Et croquer les vertes salades.
Le taillis, les eaux, les grands blés, La terre même qui poudroie, Autour des groupes attablés Tout respirait amour et joie.
Deux musiciens passant par là, Vagabonds d’aspect germanique, À grands cris on les appela : — Faites-nous donc votre musique !
Eux d’obéir. L’un, svelte et blond, Figure étrange, mais honnête, Fit résonner le violon, L’autre chanter la clarinette.
Sonores échos d’outre-Rhin, Chansons de l’errante bohême : La cigale au bruyant refrain Se tut, — quoique artiste elle-même.
Que de voluptés à la fois Pour la friande compagnie ! On eût dit un festin de rois, Accompagné, de symphonie.
Quand le duo mélodieux S’interrompait de courtes pauses, Les sous pleuvaient à qui mieux mieux Aux pieds des humbles virtuoses.
Et moi, du seuil de la maison Regardant la scène à distance, Je pensais : Montaigne a raison, « Les gueux ont leur magnificence ! »