French poem
Chanson de gabiers
by Jules Verne (1828–1905)
Joyeux matelots Qui cherchez la dune Au milieu des flots, Montez dans la hune !
En montant à bord, Vous voyez naguère, En pleurs sur le port Une tendre mère.
De sa faible main Salut elle donne À son fils marin, Qui part, l’abandonne.
Puis dans son adieu À la sainte Vierge Elle fait le vœu De brûler un cierge,
Si son pauvre fils Sauvé de l’orage, Revient au pays, Revient au rivage,
Puis chaque matin Après sa prière, Elle dit : demain Il verra sa mère !
Joyeux matelots Qui cherchez la dune Au milieu des flots, Montez à la hune !
Puis avec un œuil Tout mouillé de larmes, Le marin en deuil, Au cour plein d’alarmes,
En quittant le port, Pour un long voyage, Vit par le sabord S’enfuir le rivage.
Sur le haut d’un roc Vit sa fiancée ; Son cour fit toc-toc : Elle était aimée !
De l’aimer autant Que son bon navire, Il fit le serment ! Le navire vire !
Joyeux matelots Qui cherchez la dune Au milieu des flots, Montez à la hune !
Que le bâtiment, Couvert de sa voile Fasse dans le vent Bien prendre la toile !
Déployez aussi Jusqu’à la bonnette, Un bon vent mugit Dans la girouette !
Le vent est parfait ! Le navire glisse ; Du grand perroquet Halez sur la drisse !
Et pour mieux marcher, Que la brigantine Qui fait tant pencher Sur l’eau nous incline.
Bien ! tout est paré ! Et le capitaine De joie a juré ! Il était en veine !
Et des quatre doigts Augmentés du pouce, Il a douze fois Calotté le mousse !
Alors tout va bien, C’est signe de joie Sous son mât qui tient, Le navire ploie !
Puisque l’officier A, de la dunette, Sûr de son quartier, Braqué la lunette.
Joyeux matelots, Qui cherchez la dune Au milieu des flots, Montez à la hune !