French poem
Chatterton
by Jules Verne (1828–1905)
Le Quaker, du haut de l’escalier : L’a-t-elle vu mourir ? L’a-t-elle vu ? ..... ........................ John Bell, avec épouvante : Eh bien ! eh bien ! Kitty, Kitty ! qu’avez-vous ?
Toi, qui voulus en vain soulager ces douleurs, Verse, grave Quaker, ta prière et tes pleurs !
Kitty Bell a souffert et Kitty Bell est morte Elle était femme et faible, et pour son pauvre corps, L'amour était trop vif, son âme était trop forte ; Mais chaste, Kitty Bell a fini sans remords ! À ses enfants aimés abandonnant sa vie, N'ayant que leurs chansons pour chants de troubadour, À l'amour maternel elle bornait l'amour ; D'autres pensers jamais elle ne fut suivie !
Toi, qui voulus en vain soulager ces douleurs, Verse, grave Quaker, ta prière et tes pleurs !
Mère, elle fut amante ; à l'amour maternelle, Qu'elle para dès lors de brûlantes couleurs,
Elle unit l’autre amour, comme une seconde aile, Mais pour voler, hélas ! vers le champ des douleurs ! Chatterton était pauvre, et sa tête affamée Se teignait du reflet du feu sacré, divin, Dont l’éclat passager s’éteint le lendemain, Mais qui donne à l’amour son essence enflammée,
Toi, qui voulus en vain soulager ces douleurs, Verse, grave Quaker, ta prière et tes pleurs !
Il était jeune encor ! mais les promptes années Au matin triste, au jour d’ennui, de désespoir, Pour lui se mesuraient au nombre des pensées, Accablantes au cœur, qui n’avaient pas de soir ! Son vers, grave et profond, travaillait en sa tête Pour lui donner le pain, gagné par sa sueur ! Il aima Kitty Bell ! par la mort, en son cœur Il éteignit l’amour et l’âme du poëte !
Toi, qui voulus en vain soulager ces douleurs, Verse, grave Quaker, ta prière et tes pleurs !
Chatterton ! Kitty Bell ! La même poésie Avait frappé vos cœurs de ces brûlants amours ! La mort les a faits purs ! Elle s’en est saisie ! Ce que saisit la mort est fini pour toujours ! Ils s’aimèrent tous deux sans jamais s’en instruire, Ils souffraient en silence, ils souffraient sans remords ! Un seul instant tous deux, ils purent se le dire !… Doux moment… ! mais ce fut le moment de la mort !