French poem
Damoiselle et Damoiseau
by Jules Verne (1828–1905)
Gentille pastourelle Brillait comme une fleur ; Parfum s’exhalait d’elle, Mais parfum de fraîcheur. Simple par excellence, Depuis première enfance, Si belle, s’ignorait : De même, violette Se cache, mais rejette Cet arôme qui plaît !
Un jour, beau jour de fête Passa dans le hameau, Près la gente fillette Très mignon damoiseau. Marchait en grand silence, Car moindre outrecuidance Loin de lui s’enfuyait ; Était modeste et sage : En faut-il davantage Pour damoiseau parfait !
Si charmante bluette Séduit ; ne sait pourquoi : Il se retourne, arrête Le pas du palefroy. Damoiseau la regarde, Son cœur veut mettre en garde ; Mais déjà ne le peut : Quand amour nous enflamme Alors, alors notre âme Ne fait pas ce que veut.
Il repasse et repasse, Et toujours en son cœur Sent faiblir son audace, Sent croître son ardeur. Enfin, il interpelle : « Vous, gente damoiselle, « Acceptez-vous amour ? « Qu’à votre gentillesse « Je mesure tendresse « De nuit comme de jour ? »
Mais fillette honteuse Et s’émeut et rougit ; En son âme joyeuse Pourtant, elle sourit : « Seigneur, répondit-elle, « Suis libre damoiselle, « Êtes noble ; êtes bon ; « Parents me sont encore, « Mais parents que j’honore, « Ayez permission ! »
Était si bonne, aimable, Et lui si généreux ! Réponse favorable Vint couronner leurs vœux. L’amant à sa fillette Fit galante amourette ; Plus la considérait, Que plus la voyait belle, Et que vertu nouvelle Chaque jour lui trouvait.
Mais retard quand on aime Devient un long tourment, Et le moment suprême Venait bien lentement. Enfin beau jour arrive, Déjà touche à la rive La barque des amours : Y monte damoiselle… Lui détache nacelle… Voguez, voguez toujours !