Versos French Jules Verne En l’âme, il est souvent de mortelles douleurs

French poem

En l’âme, il est souvent de mortelles douleurs

by (1828–1905)

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En l’âme, il est souvent de mortelles douleurs, Et sans qu’on y résiste, L’œil se voile parfois de trop faciles pleurs… J’étais triste, oh ! bien triste !

J’allais toujours pleurant, et l’aveugle destin De ma marche incertaine Guidait les pauvres pas, du matin au matin, Dans une aride plaine !

D’un langoureux chagrin, l’idée au linceul noir Entourait ma paupière ! Hélas ! je me disais : « Ne faut-il jamais voir L’amante qui m’est chère ! »

J’avais senti bientôt dans son pénible essor, Languissante et flétrie, Et sans avoir coulé des jours de soie et d’or S’évanouir ma vie !

Ma vie ! — Est-ce là vivre ! en un sommeil Sans cœur et sans parole, Être comme la fleur, qui, veuve du soleil, Se penche et s’étiole !

Ce qui mettait, hélas ! sur mon front enflammé L’ennui, la haine même, Mon dieu ! c’est que jamais un cœur, cœur bien aimé Ne n’avait dit : « je t’aime ! »

Aussi, jour de bonheur, jour de paix dans les cieux, Jour d’enivrante ivresse, Où ce tendre mot pose au front d’un bienheureux, Cette tendre caresse !

C’est comme un fol oiseau qui s’en va tout aimant, à bien des cœurs rebelle, Passe, s’arrête, va, revient, et doucement Nous effleure de l’aîle !

Zéphirs, vous dont l’haleine a surpris la senteur À la naissante rose ! Étoile du ciel bleu, vous dont la fraîche ardeur Semble une fleur éclose !

Soleil, flambeau de Dieu, lune à l’éclat si pur, Protectrice amoureuse, Ruisselantes beautés de l’éternel azur, Heure folle, joyeuse,

Corolle de la fleur, premier rayon de mai, Beaux bois, verdure unie, Vous, où l’amour répand parfum plus parfumé Que l’encens d’Arménie,

Tous, tous, vous passerez, sans tirer de mon cœur Un doux son d’allégresse, Il n’est plus fait pour vous, il a trop de bonheur De plaisir et d’ivresse !

Pour mon regard distrait, non, non, vous n’avez pas De rayons et de roses ! Un mot d’amour ! — un mot qui se parle tout-bas ! Est-il plus douces choses !

On l’a fait résonner à mon cœur, en soupir De si tendre manie, Que je me disais : « puis-je entendre sans mourir Mot d’amour d’Herminie. »