French poem
Le Superbe Cortège
by Jules Verne (1828–1905)
Le superbe cortège Est un enterrement. La foule qui l’assiège Regarde amèrement.
Que Dieu grand bien leur fasse ! Pour ce funèbre apprêt ! C’est de première classe, C’est de premier regret !
L’Église est toute noire, Et son noir manteau, Laisse l’âme se croire Dans la nuit du tombeau.
La croix d’argent en tête, Digne d’un dieu du ciel Fière, comme à la fête De Pâque ou de Noël.
Puis des enfants en foule, Voués aux tristes sorts, Dont le faible pas roule Trente têtes de morts.
Et le bedeau, sa verge, Les Suisses galonnés, Le Chandelier, le cierge, L’encens qui prend au nez,
L’enfant à la voix aigre, Le large baryton, Le ténor haut et maigre, Le caverneux basson,
Et la funèbre étole, Le funèbre encensoir, Le rochet qui désole, Le bréviaire noir,
Le dernier comme un maître S’arrêtant sur le seuil, De sa main le noir prêtre Bénit le noir cercueil ;
Et la foule s’agite, Et la clameur répond, Et tout se précipite, Et la clameur se fond,
Et dans le cimetierre, Le catafalque noir Brise la branche amère De l’if qui tremble au soir ;
Et dans l’humide terre, Sans espoir de retour, La ténébreuse bière Tombe et rend un son sourd !