French poem
13 (FRAPPEZ AUX PORTES…)
by Julien Torma (1902–1933)
FRAPPEZ AUX PORTES ! S’il y avait encore des portes on les laisserait ouvertes.
Ils se suivent & se ressemblent couverts de feuilles mortes cimentées de purin séché les yeux retournés la langue serrée entre Les dents.
Ils se sauvent & se rassurent sexes de cadenas poitrines de gravats dans la vallée de Josaphat pour la gnose des latrines & des gésines.
* * Le cœur bat encore ses tapis aux balcons sur l’obituaire du trottoir. Aux frontières de la République Podagre sordent les poteaux où l’on exécute les ordres. Tous lieux y sont d’aisance & toutes bottes de céleri — même pas de bottes de sept lieues ! Des insectes sectaires y fabriquent du mâchefer & des certificats en celluloïd.
La grande chaîne s’étale sur le ventre du monde — depuis l’Autodidacte polaire l’as de cœur atteint d’éléphantiasis le sergent de Cro-Magnon qui pisse du pétrole — jusqu’aux chasses d’eaux pompes funèbres aux accents triomphaux qui me niagarachent dans l’égoût des couleurs.
Tirez la chaîne. — C’est l’Heure l’heure incessante de la monte des monstres l’heure DERRIERE où dans sa crispation puerpérale l’interminable pizzicato de la virole anale pousse l’émeraude de pourpre venin de l’avenir.
* *
Mais l’horloge coupe les douze cous de la nuit & dans le Musée incendié chantent le Marin & son fanal L’Enchanteur fait paraître un Nouveau Monde de trois secondes où sonnent les beaux meurtres & les violences exquises Le dernier monstre marin habite un pont de drap bleu-roi — Était-ce moi ?