Versos French Louisa Siefert Chant de fête

French poem

Chant de fête

by (1845–1877)

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Il disait : « Pourquoi ce sourire, « Pourquoi ces yeux prêts à pleurer, « Pourquoi rester sans me rien dire, « Et, tout bas, pourquoi soupirer ?

« Quel regret des choses passées « Du jour présent vient émerger ? « Quelle est celle de tes pensées « Que je ne dois pas partager ?

« Est-ce désir, espoir ou rêve, « Inquiétude ou souvenir ? « Souffle de l’aube qui se lève « Ou de la nuit qui va venir ?

« Est-ce au ciel bleu que tu regardes, « Aux clairs horizons infinis ? « Ou bien, cher ange qui nous gardes, « Est-ce au foyer que tu bénis ?

« Est-ce tes enfants ou ta mère « Ou celui qui vit à tes pieds ? « Quelle envie ou quelle chimère « Fait tes doux regards tout mouillés ?

« Est-ce angoisse ou mélancolie ? « Ennui, songe vain, vague effroi ? « Oh ! parle : tristesse ou folie, « Tu le sais, j’aime tout de toi ! »

Mais elle, relevant la tête, Répondait : « Ne comprends-tu pas ? « Tout à l’heure, au seuil de la fête « On s’écartait devant nos pas.

« J’entendais un murmure étrange « Qui s’élevait derrière nous… « Et c’était un chœur de louange « Autour du nom de mon époux.

« L’un disait l’œuvre de la veille, « L’autre le bienfait d’aujourd’hui : « Tous étaient d’accord, ô merveille ! « Et tous s’inclinaient devant lui.

« Tandis qu’il allait, l’âme fière « De mon bras passé sous le sien, « Ô candeur ! ô vertu première ! « Lui n’entendait, ne voyait rien.

« Mais moi, que sa gloire auréole, « Que l’honneur de son nom grandit, « Je recueillais chaque parole « Et j’écoutais tout ce qu’on dit.

« Aussi pressé-je avec ivresse « Dans ma main l’anneau nuptial, « Immortel gage de tendresse, « Chaînon du lien idéal ;

« Aussi plus que tous admiré-je « Ces traits lassés & maladifs « Et ce large front dont la neige « Couronne les sillons hâtifs ;

« Aussi sens-je un dédain extrême « Pour les biens dont tous sont jaloux ; « Car j’ai l’amour pour diadème, « La joie & l’orgueil pour bijoux. »