French poem
Le Premier Froid
by Louisa Siefert (1845–1877)
Au fond je suis resté naïf & mon passé, Bien que sombre, n’a pas tout à fait effacé De mon cœur la première & candide chimère. Le premier froid saisit la campagne étonnée : On fait cercle le soir devant la cheminée, La terre sous le pied sonne & blanchit, les cieux Se font gris & le fleuve aux bonds capricieux S’ouvre en glauques replis ou s’écaille d’ardoise. Aux champs & dans les bois nul oiseau qui dégoise Sa chanson, nulle fleur qui rêve, nul rayon Qui réchauffe le cœur & baise le sillon Creusé d’hier ; mais seul l’accord de la rafale Dont tout écho redit la marche triomphale. — La tristesse revient avec le dur hiver : Car chacun nous faisons notre retour amer Vers les bonheurs perdus dans le cours de l’année, Et, parure sans prix perle à perle égrenée, C’est comme un fil rompu renoué par endroits Qui casserait toujours entre nos faibles doigts. Ainsi je fais sans cesse, & dans la cendre ardente Retournant les tisons d’une main imprudente, Je cherche à réveiller l’étincelle qui dort. Ainsi je vais errant dans le passé mi-mort, Fouillant un souvenir, ressuscitant un songe, Couvant de mon amour toute erreur qui prolonge Le temps trop vite enfui, l’espoir trop tôt pleuré. Je suis comme un enfant pour croire, &, si navré Qu’il soit souvent, mon cœur est encor plein de joie Il suffit qu’une étoile au fond des nuits flamboie Pour qu’aussitôt de moi j’écarte tout chagrin ; Et si le front que j’aime entre tous est serein, Ô sombre hiver, ô jours cruels que je défie, Il suffit d’un regard pour éclairer ma vie !
Octobre 18…