French poem
Le ciel est sombre
by Louisa Siefert (1845–1877)
Le ciel est sombre, il pleut, &, la tête lassée De l’incessant & sourd travail de ma pensée, Je songe, assise auprès du feu mourant. La nuit, Dans les plis de sa robe étouffant chaque bruit, Fait tomber sur la terre un lourd sommeil sans rêve. Mais dans ce grand silence extérieur s’élève La voix qui parle au fond de toute âme : j’entends Les mots impérieux qui traversent les temps, Que Moïse épelait à son peuple farouche, Que les prophètes ont passé de bouche en bouche À Jésus, & qu’il dit, lui, du haut de la croix ; Que saint Paul foudroyé recueillit ; qu’à la fois Devinèrent Socrate & Platon ; qu’Épictète Comprenait ; que, pendant des siècles de tempête, Le dégoût à la lèvre & la révolte au cœur, Les foules, tressaillant sous le fouet du vainqueur, Cherchaient au cloître obscur hors de ce monde infâme ; Et que Huss, au milieu de son bûcher en flamme, Retrouva pour les rendre à Luther & Calvin. Tous les martyrs sont là vivants, & c’est en vain Que le souffle qui vient de l’infini disperse La poussière des morts oubliés, & renverse Sur leurs cercueils brisés la pierre des tombeaux ; Il sème par poignée, il jette par lambeaux Leurs paroles au monde & leur œuvre à la vie. Incessamment foulée, incessamment suivie, La route qu’ils frayaient dans leur sublime essor S’ouvre devant nos pas & s’élargit encor. Le sillon lumineux qu’a laissé leur génie Guide l’humanité sur leur trace bénie, Et Dieu met dans la coupe où nous buvons l’espoir Leurs larmes & leur sang versés pour le devoir.