French poem
La Pierre d’attente
by Louisa Siefert (1845–1877)
Contre l’ancien rempart de la tour féodale Où, familier d’hier, le paysan installe Son foyer à l’abri du vent, Au-dessus de l’école & du nid d’hirondelle, Elle est là, droite encore, impassible & fidèle, Qui regarde au soleil levant.
Depuis quatre-vingt ans qu’il neige ou pleut sur elle, Qu’elle brave l’éclair, l’ouragan ou la grêle Comme les révolutions ; Qu’elle reste rivée à son socle de pierre Cependant qu’à ses pieds tombe & vole en poussière Le sort changeant des nations ;
Qu’à l’empire vaincu les royautés succèdent Et, comme les saisons qui l’une à l’autre cèdent, Ne s’en vont que pour revenir ; Plus haut que le combat qui hurle à son oreille, Immortelle pensée oubliée, elle veille Les yeux fixés sur l’avenir.
C’est en vain qu’elle a vu partir dans l’ombre occulte, Pour la mort ou l’exil, ceux qui gardaient son culte ; Elle attend, car elle savait Que, plutôt que trahir sa cause abandonnée, Comme elle ils attendront la fin de leur journée Pour s’endormir sur leur chevet.
Bonnet au front, péplum à l’épaule mi-nue, Telle qu’elle a jadis pris d’assaut dans la nue Son piédestal aérien, Telle, blessée au cœur par la vie implacable, Elle se tient debout, vigie infatigable, Sur le mur croulant, son soutien.
Et lorsque des maisons tout alentour semées Montent matin & soir de bleuâtres fumées, Que ce soit l’hiver ou l’été, Toujours dans le ciel pur, sous le soleil oblique, Resplendit ton vieux buste, ô jeune République, Déesse de la Liberté !