Versos French Louisa Siefert Temps perdu

French poem

Temps perdu

by (1845–1877)

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Le temps s’en va, le temps s’en va, Madame. — Las ! le temps, non, mais nous nous en allons. Oh ! tout ce temps perdu pour s’aimer, tous ces jours Que je vois loin de moi s’envoler dans leur cours Régulier, lent & monotone ! Tous ces bonheurs flétris dans leur espoir naissant Comme ces derniers lys sur qui l’hiver descend Avant la floraison d’automne !

Les arbres dépouillés demandent grâce aux cieux Et semblent supplier de leurs bras anxieux Que fouettent le vent & la pluie ; Le vallon se remplit d’un brouillard froid & gris, L’horizon nuageux se cache à l’œil surpris, L’âme dans sa prison s’ennuie.

Car voici la saison du foyer, les longs, soirs Dont la lampe, qu’on voit si blanche aux seuils plus noirs, Devient l’étoile convulsive ; Les longs mois qu’on dirait faits pour l’intimité, Tant elle serait bonne à cet âtre enchanté Où la flamme ailée est captive.

Mais, ô mon cœur, pourquoi sans cesse revenir À ce que tu ne peux saisir ni retenir, À ce qui reste l’impossible ? Et pourquoi, dédaignant tout ce qui t’est donné, Aux flèches d’un regret à peine détourné T’offrir toujours comme une cible ?

Qui l’aurait cru ? la paix d’un sort modeste & doux, Moins que la gloire dont tant d’autres sont jaloux, Était à conquérir aisée. Ô mon cœur ! prie & chante & ramène tes vœux ; Ce bien est le plus cher de tous ceux que tu veux : Le parfum de la fleur brisée.

Hélas ! l’heure qui sonne emporte un jour encor, Et l’attente stoïque a remplacé l’essor Dont la puissance m’est ravie ; Et je demeure seule, & je me dis, pendant Que dans le vide obscur mes yeux vont regardant : « L’amour est l’âme de ma vie ! »