French poem
Ventôse
by Louisa Siefert (1845–1877)
Des mers, des champs, des monts, des bois, Tourbillon, ouragan, tempête, Peuple en courroux, foule inquiète, Tous les vents soufflent à la fois. De ce chaos qui recommence Sort un rugissement immense, Le cri terrible du combat ; Et la terre, soudain étreinte D’orgueil, de désir & de crainte, Tressaille & sent son cœur qui bat.
Le grand vent des grandes idées, Le vent des révolutions Souffle aussi sur les nations De pleurs & de sang inondées. Chacune s’agite à son tour Dans l’attente du nouveau jour Qui doit réaliser le rêve, Tandis qu’à leur cœur rajeuni, Ivre d’extase & d’infini, Remonte & bouillonne la séve.
Les flots se cabrent anxieux, Les chênes rebellés se dressent ; Les mêmes questions se pressent Et roulent de la terre aux cieux ; Le soleil à travers la pluie Brille par instants & l’essuie Sur le seuil sombre des maisons ; L’éclair coupe en deux le nuage, Et les vents, redoublant de rage, Viennent de tous les horizons.
Mais à la bataille infidèle, Le vent du nord cède attiédi, Le dernier souffle du midi Porte la première hirondelle : Salut, cher oiseau du printemps ! Avec l’hiver & les autans S’évanouit toute souffrance ; Ô toi qui, de la part de Dieu, Reviens chanter dans le ciel bleu, Salut, ô naïve espérance !