French poem
Le Luxembourg
by Marceline Desbordes-Valmore
Jardin si beau devenu sombre, Tes fleurs attristent ma raison, Qui semblable au ramier dans l’ombre, S’abat au toît de ta prison. Mais à rêver j’ai passé l’heure ; Vous qui nous épiez d’en bas, Ce n’est qu’un pauvre oiseau qui pleure : Sentinelle ! ne tirez pas.
Au pied des barreaux formidables Qui voilent des parens perdus, Comme à des songes lamentables, De longs sanglots sont entendus : Grâce aux sanglots qui bravent l’heure ! Vous qu’ils ont irrité là-bas ; Ce n’est qu’un faible enfant qui pleure : Sentinelle ! ne tirez pas !
Partout les lampes sont éteintes ; Les bruits des verroux et des fers, Sont étouffés comme les plaintes De ces silencieux enfers. Plus morne et plus lente que l’heure, À genoux, qui donc est là-bas ? Ce n’est qu’une femme qui pleure : Sentinelle ! ne tirez pas !
Sous l’œil rouge du réverbère, Quel est cet objet palpitant, Près du guichet mordant la terre, D’âme et de pitié haletant ? Sourd au cri de l’homme et de l’heure… Vous qui le menacez d’en bas, Ce n’est qu’un pauvre chien qui pleure : Sentinelle ! ne tirez pas !
Paix ! voici qu’on ouvre une porte : C’est la mort traînant ses couleurs ; Et l’humble bière qu’on emporte, Brise en passant de pâles fleurs. Quand du rebelle a frappé l’heure, Qui donc ose bénir tout bas ? Ce n’est qu’un vieux prêtre qui pleure : Sentinelle ! ne tirez pas !