French poem
Le Marinier
by Marceline Desbordes-Valmore
Je crains Dieu, ma mère ! J’ai l’amour au cœur ; Point de haine amère, Partant, point de peur : Mais à l’ange, ou femme Que je viens de voir, J’ai donné mon âme Pour bien peu d’espoir !
C’est une rose en deuil, une fleur orpheline, Que tenait par la main Marina sa cousine. Elles venaient chercher passage à l’autre bord ; Dieu m’aimait ce jour-là, car j’étais seul au port !
L’autre enfant m’appelle, Et dit : « Marinier ! Sais-tu la chapelle Où l’on va prier ? Cette ange, à la Vierge Qui plaint son doux sort, Va porter un cierge Pour son père mort. »
Ma mère ! où je vous vois, c’est là qu’elle est venue ; Là, comme une lumière aux marins inconnue ! Là, j’ai cru que la Vierge entrait dans mon bateau, Et que mon humble barque allait brûler dans l’eau !
Et la jeune sainte Aux cheveux tressés, Tenait avec crainte Ses longs yeux baissés. Oh ! que je devienne Capitaine ou roi, Elle sera mienne Et reine par moi !