Versos French Marceline Desbordes-Valmore Le petit Arthur de Bretagne

French poem

Le petit Arthur de Bretagne

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Par mon baptême, ô ma mère, Je voudrais être l’enfant Qui bondit sur la bruyère Avec l’agneau qu’il défend. J’ai soif de l’eau qui murmure Et fuit là-bas dans les fleurs :

L’eau de la tour est moins pure, Je la trouble avec mes pleurs.

Si le rayon d’une étoile Glisse au fond de ma prison, Les barreaux forment un voile Qui tourmente ma raison. Quand le fer qui se colore M’annonce que le jour luit, Le petit Arthur encore Est triste comme la nuit.

Pour bercer ma jeune enfance Vous saviez des airs touchans ; Et j’ai reçu la défense De me rappeler vos chants ! Mais que la flûte lointain M’apporte un réveil plus doux,

Je tressaille dans ma chaîne ; Ma mère, je pense à vous.

Ce vieux gardien dont l’œil sombre Un soir me remplit d’effroi, Qui, sur mes pas, comme une ombre, Fit peur au pauvre enfant-roi, J’ai vu son front, moins austère, Vers ses enfans se baisser : Hélas ! que n’est-il mon père ! Il daignerait m’embrasser.

Lorsque la fièvre brûlante Sur lui fit planer la mort, Sa bouche, pâle et tremblante, Dit qu’il avait un remord. De cette affreuse démence Cherchant à le secourir,

J’ai chanté votre romance Pour l’empêcher de souffrir.

Aux sons de la vieille harpe Il s’endormit sur mon sein, Enveloppé de l’écharpe Dont me para votre main. Une reine l’a brodée : Mon geôlier la garde encor… Je ne l’ai plus demandée ; Et c’était mon seul trésor.

Peut-être ce sacrifice En secret l’attendrira, Et qu’à vos larmes, propice, Un moment il me rendra. Mes biens, mes jours, ma couronne, Tout ce qu’ils brûlent d’avoir,

Oh ! ma mère, je le donne ; Mais avant je veux vous voir.

Malgré leur veille farouche, J’appris seul à retracer Le premier nom que ma bouche Essaya de prononcer. Ne pouvant briser la pierre Où j’ai nommé leur vainqueur, Ils ont brûlé ma paupière ; Mais la mémoire est au cœur.

En vain leurs bandeaux funèbres Ont puni mes faibles yeux ; À genoux, dans les ténèbres, Ma prière monte aux cieux ; L’épée y dort suspendue ;

Comme vous en ce séjour, Mon père, on la croit perdue : Mais si je l’atteins un jour !…