Versos French Marceline Desbordes-Valmore Le Petit Brutal

French poem

Le Petit Brutal

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J’ai vu bien des enfants mal éclos dans ma vie ; J’en ai tant vu, tant vu que les yeux m’en font mal ! Mais ils valaient de l’or près du petit brutal Qui, de ne pas l’aimer, me donnerait l’envie.

Il faut aimer pourtant : que faire de son cœur ? Quand il serait encor plus hardi, plus moqueur, Il faut en le grondant lui faire une caresse El le changer peut-être à force de tendresse. Gronder n’est pas si beau. Gronder n’est pas si beau.— « Viens donc, mon pauvre enfant, Ma raison te pardonne et mon cœur te défend. La malice est un dard que l’indulgence émousse. Bonjour ! Prends cette orange… Elle est mûre, elle est douce ; Fais-en ce que tu veux ; je la gardais pour toi : Un jour, pour quelque enfant tu feras comme moi. Tu ne dis pas merci ? Tu ne dis pas merci ? — Non. Tu ne dis pas merci ? — Non. — Pourquoi donc ? Tu ne dis pas merci ? — Non. — Pourquoi donc ? — Je mange.

— Et tu ne m’aimes pas un peu ? — Et tu ne m’aimes pas un peu ? — J’aime l’orange. — Tu n’es pas dans ton tort. Mais poursuis ton chemin Sois libre comme l’air. Sois libre comme l’air. — Je t’aimerai demain. — Je le sais mieux que toi, ton regard me l’assure ; Comme un petit serpent tu guéris ta morsure. .................... — Je n’aime pas le grand qui me fait de grands yeux, El qui lève toujours sa canne sur ma tête. C’est un laid, c’est un noir, c’est une grosse bête ! Quand il sera petit et que je serai grand, Nous verrons ! Nous verrons ! — Ne peux-tu l’éviter en courant ; Et le laisser partir sans que tu te déranges ? On se distrait d’ailleurs en mangeant des oranges. C’est si bon, d’être bon, d’être gai, franc, loyal, Et d’être pardonné quand on a fait le mal ! Dieu m’a traitée ainsi lorsque j’étais méchante : Cette bonté toujours me rend bonne et m’enchante ! — Vous avez donc crié ? — Vous avez donc crié ? — Tais-toi, c’était affreux ! Et les petits enfants se regardaient entre eux. J’arrachais les fruits verds, je marchais sur les roses ; Je faisais, comme toi, de très-vilaines choses.

Et l’on me détestait. Et l’on me détestait. — C’est drôle ! Et l’on me détestait. — C’est drôle ! — C’est bien plus, C’est bête, et l’on s’en moque aux livres que j’ai lus. Lis-tu beaucoup ? Lis-tu beaucoup ? — Jamais ! Je déchire la page. Quand vous étiez méchante, aimiez-vous le tapage ? — À t’en donner l’horreur. Tu verras ! — À t’en donner l’horreur. Tu verras ! — Je verrai. — Viens, nous en causerons comme amis. — Viens, nous en causerons comme amis. — Je viendrai, Mais quand ? Mais quand ? — À la belle heure avec toi reparue. — Ah ! c’est que j’ai beaucoup d’affaires dans la rue ! — Ne te gêne donc pas et viens quand tu voudras. Je me confesserai : toi, tu me jugeras. »

Il vint, et de lui-même ouvrant d’un coup la porte Il y passait sa tête aimable ou non, n’importe, Et tenté par un charme, une histoire, un doux fruit, Il oubliait de battre et de faire du bruit.