French poem
Milan
by Marceline Desbordes-Valmore
À Milan, quand on se promène, Sur deux rangs dans la Contrada, Quand le soir, de sa fraîche haleine, A balayé la ville pleine De tout le feu qui l’inonda ; Quand l’aile de la brise apporte Des jardins l’amoureux poison ; C’est triste à voir sur chaque porte, Le pauvre nain de la maison !
Quand chaque madone éclairée De lampes brûlant au soleil, D’enfans, de femmes entourée Sourit dans sa gloire honorée De bouquets à l’encens vermeil ; Pourquoi, parmi les brunes filles, Dont elle bénit l’oraison Donne-t-elle à tant de familles, Le pauvre nain de la maison !
Quand du dôme la voix immense Roule dans l’air et dit : « Venez, Dans mon amour, dans ma clémence, Cacher vos peurs, votre démence, Mes innocens ! mes pardonnés ! » Christ ! au parvis plein de prière, Plein d’âmes de toute saison, Épure l’humaine poussière, Des nains de ta grande maison !