French poem
Ne viens pas trop tard !
by Marceline Desbordes-Valmore
À tout ce qu’elle entend, de vous seule occupée, De chaque bruit lointain mon oreille frappée, Écoute, et croit souvent reconnaître vos pas ; Je m’élance, je cours, et vous ne venez pas ! Combien le feu tient douce compagnie Au prisonnier, dans les longs soirs d’hiver !
Sais-tu qu’une part de ma vie Me manque et retourne vers toi ? Où la tienne languit sans moi, Dis, sais-tu qu’elle t’a suivie ? Pour qui te voit, béni soit Dieu ! Pour qui te perd, bonheur, adieu !
Quand de ta demeure isolée Tu franchis lentement le seuil, De moi si ta vie est en deuil, Crois-tu la mienne consolée ? Pour qui te voit, béni soit Dieu ! Pour qui te perd, bonheur, adieu !
Le soir, quand ton foyer s’allume. Dans ses ondoyantes lueurs Vois-tu, comme à travers des pleurs, Que mon ame ainsi se consume ? Pour qui te voit, béni soit Dieu ! Pour qui te perd, bonheur, adieu !
Si quelque étincelle plus vive Échappe au flambeau vacillant, Comprends-tu l’avis consolant, Que vers toi ce message arrive ? Pour qui te voit, béni soit Dieu ! Pour qui te perd, bonheur, adieu !
Le voilà : c’est mon ame entière ; Accueille-la d’un doux regard ; Viens aussi… ne viens pas trop tard, Rendre le jour à ma paupière. Pour qui te voit, béni soit Dieu ! Pour qui te perd, bonheur, adieu !