French poem
Moi, je le sais
by Marceline Desbordes-Valmore
Vous le saurez, la vie a des abîmes Cachés au loin sous d’innombrables fleurs : Les rossignols qui chantent à leurs cimes, Où chantent-ils dans la saison des pleurs ? Vous le saurez, la vie a des abîmes Cachés au loin sous d’innombrables fleurs.
Oui, la jeunesse est le pays des larmes ; Moi je le sais : j’en viens. Je pleure encor, Le front vibrant de ses feux, de ses charmes ; Le cœur brisé de son dernier accord ! Oui, la jeunesse est le pays des larmes. Moi je le sais : j’en viens. Je pleure encor !
Lorsqu’on finit d’être jeune, on s’arrête ; À tant de jours on veut reprendre un jour : Ils sont partis et l’on penche sa tête. D’un tel voyage à quand donc le retour ? Lorsqu’on finit d’être jeune, on s’arrête ; À tant de jours on veut reprendre un jour !
Souffrant tout bas de ses mille blessures, On croit mourir : voyez, on ne meurt pas. De tous serpens Dieu guérit les morsures, Et le dictame est semé sous nos pas. Souffrant tout bas de ses mille blessures, On croit mourir : on plie, on ne meurt pas !
Rappelez-vous ce chant d’une glaneuse, Qui s’arrêta pour serrer votre main ; Et si du sort l’étoile lumineuse, Vous mûrit mieux les épis du chemin, Rappelez-vous ce chant d’une glaneuse, Qui s’arrêta pour serrer votre main !