Versos French Marie Krysinska Fleurs d’hiver

French poem

Fleurs d’hiver

by (1857–1908)

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Comme elles ont un charme amer Et spécieux, les fleurs d’hiver ! Violettes à l’odeur pâle, Lilas dont le souffle à peine s’exhale, Roses de serre sans parfum.

Elles sont presque les petites sœurs Des artificielles fleurs, Fleurs de velours et de satin Sous les palmes fragiles des palmiers De leur doux Orient — pour quel crime ? — exilés ; Elles réfugient leur plaintive grace, Leur rêve d’air libre de soleil et d’espace.

Fleurs en corbeilles dont les anses s’enrubannent Aux loges d’actrices, aux boudoirs des courtisanes, Où, parmi les fards et les essences, On vous relègue avec indifférence ; Pauvres fleurs, à quelles complicités Convie-t-on votre innocence Et votre pureté !

Fleurs qu’opprime la chaleur meurtrière Des calorifères, Dans les salons en vain Radieux de lumières, Où s’agitent des passions de serre Sans sève et sans parfum ; Où grimace le fantôme de l’Amour — loin des cœurs — Sous vos regards navrés, fantômes de fleurs.

Combien je vous préfère, vivaces chrysanthèmes, Fleurs d’arrière-saison, à l’arome endormi ; C’est par vous seulement que le jardin flétri S’illumine d’une lueur dernière.

C’est vous, le présent modeste et le tendre gage Que de furtifs doigts Attachent à l’humble corsage Où palpite un sincère émoi.

C’est de vos panaches qui penchent Joyeusement ébouriffés Que se pare la table du Dimanche.

Et sur la tombe, par une main fidèle, posés, Souvenirs de défunts bonheurs, Vous gardez longtemps le charme frais De vos couleurs.

Pourtant, aux mains de l’art ces fleurs savent soudain Devenir chair à féerie ! Assemblées, alors, en quelque lieu mondain Elles sont une galerie De chefs-d’œuvre Dont les âmes d’artistes s’émeuvent.

Le peintre et le sculpteur s’y enchantent Des tons subtils, somptueux et fins, Des formes expressives, éloquentes : Vol immobile de phalènes par essaim.

Aux nuances, aux attitudes, Un œil de poète suppute L’âme diverse des fleurs : Celles-ci, fléchissant de tendre lassitude Aux pétales de langueur ; Celles-là, crêtées d’orgueil, d’autres songeuses, D’autres encore, mélancoliques ou rieuses.

C’est aussi comme l’apothéose Et la synthèse de l’année : Une louange émue que semblent chanter Les fleurs vivantes de l’hiver Aux fleurs de l’été, trépassées.

On revoit sur les chrysanthèmes blancs Les virginales blancheurs des muguets Et la violette d’Avril sur les tremblants Bouquets des chrysanthèmes violets.

La chaleureuse rose De juin S’est mirée au sein Du chrysanthème rose ;

Et n’est-ce point de la rouille des bois d’automne Que cette belle gerbe se couronne ?

Des tons de fruits aussi : pêche, cerise, orange, S’évoque en ces pétales le brillant mélange.

Fées du lumineux et fantasque Japon Elles nous rendent, ces fleurs exquises, Au milieu de la saison grise La magie des rayonnantes saisons.