French poem
Le coin aux poules
by Marie Krysinska (1857–1908)
Quel vacarme en cette cour de ferme Et quel petit monde turbulent La mère poule a beau faire Sa voix la plus sévère.
Les poussins — qui commencent pourtant À perdre déjà le ton jaune d’œuf de l’enfance Et devraient être des personnes raisonnables — Ne veulent rien savoir
Ils se dispersent en tous sens, pressés, Comme si les plus urgents devoirs Les appelaient.
Par derrière on peut les voir Courant, jambes nues, leur cotillon De plumes, encore trop courtes, retroussé.
Cela se paie des airs de danseuses, En maillot rose, Dépêchant de menus pas. Les autres poules célibataires, Libres de tout tracas, Piquent, très posément, des coups de bec à terre.
Puis, brusquement elles tourmentent Le sol, de griffes véhémentes ; Sans doute quelque fin gibier, Ver ou vermisseau, s’y trouve caché.
Et le coq blanc, plein de dédain, pavane Au milieu de ces dames — Peuple asservi — Sa crête fanfaronne. Mais voici
Venir la jeune fermière Apportant la pâtée Pour toute la couvée.
Et cela devient un charivari D’autant plus merveilleux qu’elle n’a Pu empêcher ses trois petits Mômes, de suivre ses pas.
Regardez-les barbotant Pieds nus, dans la crotte et la paille, Se bousculant et mêlant Aux plumes de la volaille Leurs tignasses en broussaille.
Et leurs cris et leurs rires désordonnés Aux piailleries des poules et des poulets.
Tant et si bien Que le chien Qui se chauffait Au doux soleil somptueux — Dont tout : la paille, les plumes et les cheveux D’enfants, sont dorés —
Entreprend, aussitôt, d’aboyer comme un sourd Pour prêter à ce concert Son gracieux concours