French poem
Les lampes
by Marie Krysinska (1857–1908)
Il est des lampes fraternelles Aux lueurs patientes ; Il en est de cruelles De gaies et d’impudentes.
Lampe résignée Qui baigne d’une teinte falote L’étoffe riche aux mains lassées De l’ouvrière pâlotte.
Lampes parées, comme des Princesses Charmantes, Au-dessus des nappes éblouissantes, Dans l’argent ciselé, dans le cristal joyeux, Vous mirez vos feux.
Lampe du penseur solitaire Guide ironique dans le désert D’insondables mystères. — Lampes éclairant Le Drame, le Crime et le Sang !
Lampe au lit du malade languissant Quand toute notre âme à son âme fuyante se suspend.
Lampe, de rose et de dentelle voilée Qui fait un diamant D’un pleur éclos dans des yeux d’amants En de divines extases liés.
Lampes de fêtes, aux reflets chatoyants Sur des épaules nues que la danse entraîne.
Lampe, intime soleil vigilant Qui brille sur les bonnes heures, sereines.
Lampe qui vit naître et mourir Douter, souffrir, rire et pleurer.
Et toi, leur sœur pieuse, Vacillante lumière : Lampe veilleuse De sanctuaires
Vous êtes les humbles étoiles de la terre.