Versos French Marie Krysinska Matin

French poem

Matin

by (1857–1908)

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C’est, positivement, comme si l’on plongeait Son visage dans un bouquet Ce premier pas dans la campagne le matin. Au milieu de la cour, le tas de foin Exhale une tiède odeur. Du jardin — Où les fins résédas et les roses trémières Ne dédaignent point de fraterniser Avec les oseilles et les pommes de terre — Arrive un innocent et doux parfum mêlé.

La fleur de la citrouille allume — ne vous déplaise — Une lanterne japonaise Sous les amples écrans des feuilles Et le géranium d’un rouge de braise Tire un vrai feu d’artifice pour amuser Les naïves carottes dont le feuillage est Tout en précieuse dentelle tuyautée Avec une minutie achevée.

Des enfants de roi, Certes, ne seraient pas Mieux habillés, À une heure à ce point matutinale, aussi Les oignons, sans façon et mal peignés, En pleurent de dépit.

Le long des espaliers, sans voile et sans mystère, Dansent d’un pas léger les nymphes potagères.

Et l’orchestre ! Il est varié, je vous prie de croire. Les vaches qui vont cheminant derrière la haie, En contralto, modulent une mélopée. Le coq leur répond — péremptoire —

Un gros chien de ferme s’en mêle Voyez-vous, il s’est pris de querelle Avec un passant mal vêtu.

Quant à la tribu des moineaux Éparpillés en bas, perchés en haut, Il y a là une série de malentendus Dont, sans nul doute, on ne pourra jamais sortir Et des contestations à n’en plus finir, Question, peut-être, d’héritage d’une graine, Ou litige pour une branche mitoyenne.

Allons un peu sur la route promener Tiens, tous les arbres sont déjà réveillés Et clignottent dans la lumière Leur mille vertes et brillantes paupières Avec un bruit d’ailes palpitant, Ou d’un ruissellement de cascatelles.

Les maisons, à leur tour, ont ouvert leurs auvents Et voici qu’au fond d’un verger, Une paysanne allaite son enfant Rose et doré Et tel qu’un fruit Tout frais cueilli.