French poem
Nocturne
by Marie Krysinska (1857–1908)
La lune, au sein de la calme nuit, Verse une eau d’argent sur la terre Et les amants rêvent en ce décor de mystère.
— Vois, chère âme, à l’horizon Ce noir nuage qui rampe et fuit, On dirait l’opaque fumée D’un champ de combat échappée, Et sous ce gazon Que d’un pas uni nous foulons Il dort Des Morts.
Ah ! sur leurs chevaux, fantômes dressés Les voici sous la lune livide, Bataillons funèbres, soldats Aux tuniques vides
L’un, d’une main raidie par le trépas, Tient encore le drapeau déchiré. Un autre suit — on n’entend point son pas — Avec son tambour muet.
Blottis-toi sur mon cœur Comme un oiseau peureux. L’amour est seul vainqueur De la mort.