French poem
Nuit d’étoiles
by Marie Krysinska (1857–1908)
À présent sont éteints tous les brasiers du jour, Leur cendre blême à l’horizon poudroie Effaçant formes et contours, Puis, dans l’ombre bleue se noie.
La route est un couloir dans la nuit. —
Par les champs, par les prés noircis, Les arbres se dressent, consternés. Leurs silhouettes calcinées Semblent, par une antique Colère, foudroyées.
Dans l’étendue immobile Est mort tout espoir de voix Seul, parfois, Un chien inquiet aboie :
Mais voici les fleurs du firmament éclore — Ombelles éblouissantes sur les célestes prés — Butinés Par des papillons d’or.
Des corbeilles de diamants sont versées Par de prodigues mains Dans les espaces illimités
Des couronnes Rayonnent Émeraudes, topazes et saphirs Couronnes de souverains Et couronnes de martyrs.
Un navire d’argent Cingle vers l’Infini, ouvrant Aux brises heureuses Ses voiles tissées de nébuleuses.
Les arbres semblent, à leurs branches, porter Les étoiles — comme des fruits de clarté.
Et, tandis que sur la terre L’heure nocturne sème L’opium du sommeil Et le rêve au large essor ; Ou l’âpre insomnie du remords
Au zénith la voie lactée — Route dans l’immensité, Voie triomphale — Déroule son fleuve enchanté De lumière sidérale.