French poem
Oiseaux en cage
by Marie Krysinska (1857–1908)
La saison chanteuse et rieuse Coiffée de corolles roses Cogne aux vitres moroses,
Vitres où paraissent, pâlies Des faces de mélancolie Prisonnières, par la Ville asservies,
Mains de vingt ans Sur des labeurs languissant Pauvres mains affairées pour le luxe insouciant !
Minois d’enfants — aux fenêtres des hôpitaux N’ayant, de la vie, connu que ses maux, Doigts frêles tendus vers le babil des moineaux.
Visages d’amoureuses délaissées Qui se rappellent la saison passée Et les promenades — bras enlacés…
Tous ces tristes regardent sans te voir, Soleil aux beaux rayons de gloire, Promesse d’un menteur espoir !
L’éclat de vos frais-écloses couleurs Blesse leurs yeux en pleurs Et les fait songer aux funèbres fleurs
Qui s’ouvrent, là-bas, sur des tombes amies, Où toutes les joies se sont endormies Jusqu’à l’heure qui réunit !…
Cependant, tu sonnes, carillon de Mai ; En clochettes blanches comme le lait Au bois tintent les muguets.
Les lilas balancent sur l’escarpolette Des brises suaves leurs grappes coquettes Parfumant l’air léger de leurs cassolettes,
Les squares sont brillants de gazon nouveau… Dans les cages, les oiseaux D’un bec désespéré frappent aux barreaux.