French poem
Triptyque païen
by Marie Krysinska (1857–1908)
La Nuit diaphane, aux beaux voiles, Couronnée d’étoiles Flotte parmi le calme bleu éthéréen, Une paix magicienne efface l’horizon. De quel lointain Parvient Cette tendre chanson ?
Au sommet d’une roche farouche Le Dieu Pan — l’immortel fécondateur De l’Univers Effleure de sa bouche La syrinx aux sons berceurs.
C’est un appel d’amour vers la dormante Mer Sur qui la lune se levant Jette des gerbes de fleurs d’argent. Le Dieu, dans les brumes matinales descend Vers l’Amante aux beaux flancs, Troublée par un rêve ardent.
L’horizon se pare de roses Et de violettes à l’Orient écloses. Soudain s’ouvrent triomphales Les portes des célestes Étendues.
Pour la fête nuptiale, Pour l’étreinte attendue De Pan — le terrestre Espace infini Et de la Mer aux élans ravis Qui, par l’amoureuse chanson attirée Mollement s’est approchée. Et tandis que le soleil incendie Avec ses torches les nuées éblouies, La caresse du Dieu comme un aigle s’abat Sur le sein ingénu de la Sirène exquise S’abandonnant Aux bras de l’Amant Séduite et conquise.
Alors le firmament de mille feux s’irise, La Mer extasiée en son sein le reçoit,
Et la Vie embrasée chante de toutes ses voix.