French poem
Tanit
by Marie Krysinska (1857–1908)
Parmi les avalanches Des nuées, La déesse blanche, Ceinte de clartés virginales, Écartant ses voiles, Paraît.
Aussitôt les routes, les maisons et les arbres Qui sommeillaient Après la fatigue quotidienne, Dépouillent leur humble aspect Et deviennent Ivoire et marbres.
Tanit, la pale, d’un doigt transparent Frôle une invisible harpe dressée à l’Orient Et chante la louange De la mort, pâle et belle Comme elle, Silencieux Ange.
Quittez les couleurs brutales de la Vie, Jeunes filles qui promenez Dans les sentiers Vos incertaines songeries.
Laissez tomber sur vos cheveux Noirs ou blonds Sur vos joues vermeilles, sur vos habits joyeux La neige de mes rayons.
Arrêtez votre course qui vole au rendez-vous, Où la voix de la passion vous convie, Sur la pierre des tombes pliez un lent genou Comme des statues drapées de mélancolie.
Lavez-vous de la Vie dans mes ondes lactées, La Mort est une Dame immaculée. À vos désirs, à vos illusions, À vos bras tendus vers les horizons, La Vie répondra Par un rire narquois.
Si vous mirez vos yeux ardents Aux lacs des espoirs exaltants, Les orages En troubleront la surface Et vous y pleurerez l’image Qui s’efface.
La Mort est celle par qui Se déclot la porte de l’Infini.
Déjà sous ma lumière Comme sous son haleine Tout blémit, Tout trépasse un peu, au sein d’une blanche paix. Les routes, les maisons et les arbres Dépouillent leur humble aspect Et deviennent Ivoire et marbres.